J20 – « Le Red Star, un club arc-en-ciel »

Pour la première interview d’avant-match de l’année 2016, on avait envie de faire fort. On avait envie de te faire kiffer, cher lecteur. En fait, que cette année 2016 soit synonyme de paix, de santé, de plaisir, et de réussite pour chacun d’entre-nous. C’est tout ce que l’on te souhaite, et que l’on nous souhaite. On a contacté Nicolas Vilas, et on a été reçu avec classe. Tous les sujets ont été passés au peigne fin ; RC Lens, Red Star, football portugais, fricadelle… en fait, on a juste oublié de prendre des nouvelles de sa superbe barbe.


BM : Salut Nicolas, merci infiniment de ton temps ! Peux-tu te présenter rapidement à nos fidèles lecteurs ?

NV : Je suis journaliste pour Ma Chaine Sport (MCS) et je collabore aussi pour d’autres supports (France Football, W9, RMC). Je suis un immense passionné de football, avant tout.

BM : Ton rapport au RC Lens ?

NV : J’ai pas mal de potes qui sont supporters du Racing, sans avoir forcément de racines (ndlr : le racine club de Lens) dans le Nord Pas-de-Calais. C’est marrant de voir à quel point ce club fascine les gens. Ce club dégage une réelle sympathie, presque unanime.

BM : Ton dernier souvenir à Bollaert ?

NV : J’étais venu à un derby face à Lille, j’avais trouvé l’ambiance absolument géniale, j’y étais allé avec des amis. On était en virage et on avait vraiment kiffé ! On avait bien bouffé en plus…

BM : Tu avais fait le « ch’ti tour » quoi, avec la bière et la fricadelle, en somme.

NV : Voilà, c’est ça (rires). Mais en fait, je vais souvent dans le Nord, pas pour le RCL, mais pour voir l’USBCO et Dunkerque avec MCS (ndlr : Ma Chaîne Sport). Boulogne un peu moins parce que le stade est plus grand, plus froid, mais à Dunkerque, tu as vraiment une superbe ambiance. C’est un club super sympa, avec un président et un entraîneur qui le sont tout autant.

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N. Vilas et Louis de Finesse en pleine commande de fricadelle

BM : On connait que très peu tes affinités dans le football français. Suis-tu un club en particulier ?

NV : Non pas du tout. Disons que je suis tout le monde. A la base j’ai eu le virus du football par mes origines portugaises, par une partie de ma famille. C’est souvent le cas chez les luso-descendants, ou les franco-portugais, appelle-les comme tu veux : le rapprochement aux origines se dessine via le foot.

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L’idole du jeune Vilas

J’étais par exemple un grand fan de Rui Barros, quand j’étais gosse. Donc du coup, je me suis mis à suivre Monaco, Marseille mais aussi le PSG parce que c’était le club de chez moi. Ce côté schizophrène, peut-être lié au fait que j’ai grandi au sein de plusieurs cultures et sensibilités, je l’assume sans souci. J’aimais bien Valdo, Ricardo, et bien sûr Pauleta quelques années plus tard. Mais je n’ai jamais vraiment eu de club favori, sauf quand j’étais petit au Portugal, mais j’en suis vite revenu. Je ne veux pas dire que je suis anti-club, mais le « clubisme » est un truc qui m’exaspère assez fortement, surtout quand je vois comment il continue de se développer, notamment au Portugal. Je n’arrive pas à comprendre aujourd’hui comment on peut être fanatique, d’un club, d’une personne, ou d’autre chose. C’est pour moi le refus de l’objectivité, de l’analyse et donc du dialogue.

BM : Qu’est-ce qui te motive dans le football alors ?

NV : J’aime bien les histoires, les clubs qui ont une dimension sociale, politique parfois. Et puis, l’humain. Derrière un club, de sa fondation à son présent, il y a des hommes dont les motivations sont multiples.

BM : Tu dois bien aimer le RC Lens alors (rires).

NV : Lens est un club sympathique mais en toute franchise, je ne trouve pas que le club ait une histoire ultra bandante… Par contre, le Racing dispose d’une force rare en France, ce que je pense être la base : l’humain, les supporters. A Lens, ce qui serait génial, c’est que les supporters puissent reprendre le club, qu’il y ait un système de « socios » comme cela se fait dans pas mal de pays latins.

BM : Cela semble compliqué pour de nombreuses raisons, mais c’est vrai que dans l’idée, le RC Lens serait un des rares clubs français où ce modèle pourrait s’appliquer.

NV : Lens est surement avec Saint-Etienne, voire Marseille, l’un des seuls clubs qui en a les caractéristiques. Mais ce modèle est difficilement transposable dans le contexte et le modèle français et international. Il y aussi peut-être Strasbourg, que je suis depuis maintenant deux ans et qui évolue en National (ndlr : Nicolas commente les matchs de National sur MCS). Il y a d’ailleurs eu une tentative de reprise par les supporters.

BM : Est-ce que pour toi le modèle social est possible en France ? Par exemple, est-ce que tu crois le supporter lensois capable de s’investir directement dans le RC Lens ?

NV : Ce n’est pas forcément une question d’argent, ou d’investissement du supporter. Tu as plusieurs modèles ; le modèle du club français peut s’apparenter au modèle anglais, et encore… Je veux dire que tu as des mecs qui achètent des clubs et qui forcément en font ce qu’ils veulent. Ce sont les propriétaires qui sont les « boss » et de facto, ils font ce qu’ils veulent de leur oseille. Le problème il est là, c’est-à-dire que les gens qui ont de l’argent comme Martel ou autre, à partir du moment où tu vas mettre en place un système de « socios », ils vont forcément répondre en te demandant ce que tu comptes faire de l’argent qui a été investi au préalable ? Et là tu auras un conflit. Le problème est qu’il faudrait revoir le système en profondeur… Au Portugal et en Espagne, les « socios » sont « propriétaires » de leurs clubs, et ils élisent leur Président. Mais derrière ça n’empêche pas que tu puisses avoir des investisseurs… C’est un système qui est mis en place depuis des années. En fait, c’est beaucoup plus simple de passer du « système de socios » vers un « système entreprise »  que l’inverse. Le modèle des socios n’est pas le plus rassurant pour les investisseurs et, au plus haut niveau, l’argent est l’un des nerfs de la guerre.

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http://www.desporto.sapo.pt

BM : Nicolas, est-ce que tu pourrais nous parler un peu du Red Star, prochain adversaire du RC Lens samedi après-midi ?

NV : J’ai surtout suivi de près le Red Star en National. En L2, ils ont connu début de saison difficile. Ils sont vraiment, pour le coup, dans une saison de transition. Cela faisait presque 18 ans qu’ils avaient quitté le monde pro. Cette saison, ils doivent disputer leurs matches à domicile à Beauvais, ce qui implique de se taper des kilomètres tous les weekends. Il faut savoir que la quasi-totalité des supporters du Red Star refusait catégoriquement de quitter Bauer. Le chant qui était balancé par les supporters tous les quinze jours à Saint-Ouen, c’était : « Le Red Star, c’est à Bauer ». Après le problème, c’est que le stade n’est pas du tout aux normes, il est plus que vétuste, et que la Mairie ne veut pas financer les travaux. Ils sont vraiment pris dans un mic-mac au niveau des infrastructures.

Le projet en lui-même est intéressant ; le Président Patrice Haddad est très ouvert, il s’est bien entouré, de personnes pas forcément toutes liées au football. C’est un club hyper cosmopolite, avec un président de confession juive, un directeur sportif métis, en la personne de Steve Marlet, une femme, Pauline Gamerre, au poste de directrice générale, un entraîneur étranger, Rui Almeida. Et enfin, tu as des joueurs venant de tous horizons. Le Red Star, c’est un arc-en-ciel, et à tous points de vues. Et je rajouterai même qu’avec les résultats actuels,  c’est un vrai rayon de soleil.

Je suis assez content de ce qui leur arrive. Beaucoup de personnes te diront que c’est un club de bobos, c’est vrai, notamment pour les raisons que je viens d’évoquer. Mais dans un autre côté, le Red Star est resté un club très populaire, qui a une vraie histoire, un vrai vécu et un vrai palmarès, et qui a eu des vraies galères…

Bauer Resistance
Crédit : http://www.envertetcontretous.fr/

BM : Oui, et c’est un club historique, qui a été notamment fondé par Jules Rimet…

NV : Le fondateur de la Coupe du Monde exact. Pour en revenir à l’ADN du Red Star, il y a beaucoup de fantasmes aussi, notamment l’association du nom du club du Red Star directement avec le communisme, alors que cela n’a rien à voir avec ça… Mais tu as une vraie dimension historique, politique, résistante même autour de ce club…

Jules Rimet
Jules Rimet

BM : Oui et il y a un même une tribune qui porte le nom d’un résistant…

NV : Rino Della Negra, tout à fait. Après, j’ai également suivi le Red Star par le biais de leur nouvel entraîneur, Rui Almeida. J’étais un peu étonné de le voir rappliquer à Saint-Ouen, notamment parce qu’il n’a jamais vraiment eu d’expérience d’entraineur principal, ayant été adjoint quasiment toute sa carrière. Il y avait beaucoup de scepticisme autour de son recrutement, et au final, le gars il bosse avec peu de moyens et il est en train de faire un travail de dingue.

BM : Tu peux nous présenter Rui Almeida un peu plus en détails ? Il est issu d’une formation du football portugais ?

NV : Il a été pendant de nombreuses années l’adjoint de Jesualdo Ferreira, qui a entrainé les trois gros au Portugal, Benfica, Sporting et Porto, il a également coaché Braga. Il a également été sélectionneur des Espoirs. Jesualdo Ferreira, c’est un peu celui qui a ouvert la porte aux entraineurs que l’on appelle les « Professeurs » au Portugal ; des entraineurs qui ont une formation universitaire, mais qui n’ont pas connu de carrière de joueur professionnel.

BM : Dont le plus grand représentant est José Mourinho…

NV : Voilà, tu as Mourinho, tu as Jardim, et Rui Almeida fait partie de cette mouvance.

BM : OK donc Rui Almeida, c’est un entraineur qui sort un peu de ce que certains de tes collègues de l’After appellent le « corporatisme » français ? Si je comprends bien, c’était un véritable pari.

NV : C’est ça. Au Portugal, il n’y a pas de préjugés quant au fait qu’untel ou untel ait été joueur de football professionnel ou de haut niveau. Au contraire, tu vois Jorge Jesus, qui est quand même l’entraineur le mieux payé de l’histoire du football portugais, il se fait presque tailler par les Mourinho et compagnie parce que justement ce n’est pas quelqu’un qui s’exprime forcément bien, qui a un grand bagage culturel, une grande capacité d’élocution. Parfois, il y a presque le complexe inverse, au Portugal…

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Rui Almeida, et son boss Steve Marlet.

Interview menée par Louis de Finesse (@Louis2Finesse)


Un grand, que dis-je, un immense merci à Nicolas Vilas, qui nous a accordé plus d’une demi-heure de ses vacances de Noël pour répondre à nos questions. Viva Portugal! Mon invitation à Bollaert tient toujours, et j’espère ne pas avoir à attendre que l’on soit en National pour t’y voir trainer tes guêtres 🙂 

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