Beers, foot & barrages le jeudi soir

Reprise. Cette saison, la Ligue 2 s’annonce âpre comme jamais. Concurrence accrue, barrages en ligne de mire, hispanisation du Racing, play-off entre connards incapables de sécuriser les deux premières places avant la dernière journée… La note houblonnée a plus que sa place. Le titre de cet édito coule donc de source : bienvenue dans cet univers impitoyable que sera la Ligue 2, et que nous dépeignons ci-après sous le titre de « Beers, foot & barrages le jeudi soir »


Car on risque fort de s’amuser cette saison. Le constat en cette fin juillet est implacable ; on est toujours le (sur)lendemain d’une mauvaise cuite mémorable, suite à, si besoin de le rappeler, cette montée annulée à l’ultime seconde du scénario. Celui d’Usual Suspects, à côté, c’est de l’Hépar. Le mois de Mai lensois rime avec trauma. Un de plus en fait. Amiens, la pouille picarde, qui claque le but de la montée à la 96ème, et qui depuis, saupoudre allègrement notre quotidien de trolling en tout genre. On n’était pas prêts, même si au fond, on s’en branle. Toute la région s’est alors arrêtée de respirer. Le premier réflexe que j’ai eu, un poil reptilien je le conçois, et commun semblerait-il à beaucoup d’entre-vous, fut de commander une bière (série en cours). La moins chère possible. Tu sais, celle qu’on clean en douze secondes pour tout oublier. 

Bon, on n’est pas ici pour remuer une nouvelle fois la merde. Dernier hommage au génial Tonton Friedrich qui nous a presque donné envie de chialer avec sa théorie des cordes. Et puis, année après année, saison après saison, on se rend compte de notre formidable résilience à l’échec. On dirait presque que l’on a fini par parfaitement intégrer la gastro en terre cuite dans notre génotype ; vomir le matin et chier liquide l’après-midi, pour mieux rêver la nuit. T’as certainement pigé la métaphore.

Une saison de plus dans l’anti-chambre du foot business néo-libéralisé, tu es prêt(e) ? Allez, ça tombe bien, car nous aussi. Avec du recul, quoi de mieux que de repartir sur les saintes routes de la seconde division pour (vraiment) s’éclater (quand on en est pas interdits, hein LFdP). Et puis, cette année, cocky bastards, de nouveaux horizons s’ouvrent à nous. Le tourisme bucolique reprend ses droits avec de jolis déplacements à Rouen, Châteauroux, et cherry on the cake, pour ceux qui s’enjaillent à l’idée d’aller claquer un gros « Corons » sur Paname ; la Ligue nous offre un court déplacement à Charlety (soutien aux buveurs de Pietra). Egalement au programme, le désormais classique viol de Delaune, un retour sur les terres bretonnes (Le Moustoir), et le racket régional de Nungesser. 

Redite, le peuple lensois a encore la gueule de bois. Et qui n’a pas expérimenté un jour la bière du matin, celle qui allège l’esprit lourd de l’Homme encore bourré, qui réduit les souffrances d’un foie vicié, qui offre de nouvelles perspectives à une journée qui semble condamnée à l’impasse, n’a rien connu

Pour cela, BM s’est acoquiné avec quelques supporters adverses, leur posant la question : « Quelle est ta bière artisanale préférée ? ». Sans surprise, notre copain brestois nous a pondu un essai multi paragraphé qui mériterait de figurer dans le Lonely Planet de la Ligue 2. Mais on ne va pas te spoiler la suite. Présentation des forces vives de la Ligue 2 par ses bières. 

Cinq twittos ont répondu à notre sollicitation, et étrangement, tous viennent de zones sinistrées – Brest, Lorient, Le Havre, Valenciennes et Sochaux. Merci à eux.

« Vamos », comme dirait Kiki Lopez.


Première étape de notre « Tour de France des binouzes artisanales des villes des clubs de Ligue 2 qu’il faut avoir bu une fois dans sa vie », Brest, et ses supporters qu’on espère pouvoir encore insulter bassement et de manière fort condescendante pendant au maximum dix mois (après, soit on monte en L1, soit on est morts).

@MechTuyot te régale, et a même obtenu le bonus « bières du Nouveau Monde ». Cadeau :

Apparemment vous faites un Tour de France des bières avant le début de la saison ? Très bien asseyez-vous, camarades.

C’est un choix qui sera sûrement controversé, beaucoup de mes collègues ne l’aiment pas, il s’agit de la Coreff Ambrée.
La Brasserie Coreff était à Morlaix, puis elle est partie à Carhaix, pour une question de place disponible. Ils travaillent principalement avec des producteurs de céréales locaux, avec qui ils développent les semences pour avoir une matière première de qualité et régulière. C’est une des premières de la vague des microbrasseries en France, elle atteint maintenant une belle taille, mais reste proche du fonctionnement artisanal dans l’esprit et très pro dans l’exécution. La visite des locaux (à Carhaix donc, là où il y a les vieilles charrues) vaut la peine. Je sais plus si c’est possible pour tout le monde, mais j’ai été amené à bosser avec eux, et ce fut un grand plaisir.
Et donc vous en avez probablement rien à branler de cette partie historique là non ? Y’en aura un peu plus après.
La bière, c’est donc leur ambrée, une Ale anglaise traditionnelle, très parfumée et peu gazeuse. Quand tu la sers, c’est une petite mousse très aérée qui apparaît et disparaît assez vite.
Petite particularité, elle n’est pas propulsée par le gaz en « pression » mais elle est tirée, à la pompe. La gazéification n’ayant lieu que grâce à la fermentation naturelle, ce qui est plutôt rare de nos jours.

C’est une bière désaltérante, d’après midi, de journée, de fin de footing, de tous les jours. Pour le footing, la petite histoire est que les fondateurs de Coreff sont (enfin étaient) des coureurs de marathons, et lors d’un voyage sportif au Pays de Galles pour aller user quelques souliers, ils ont pris une cuite avec les gars du coin. Et le lendemain, ils étaient en forme. Alors qu’avec les bières dispo dans les 70’s en France, c’était la douleur et la difficulté qui les attendaient. Du coup, ils ont essayé de reproduire ce qu’ils avaient bu pour pouvoir continuer à allier leurs deux passions : la course à pied et se prendre des grosses mines.
Elle a peu de complexité, peu forte en alcool (5°), ce qui fait qu’elle est souvent boudée, là où la mode est aux grosses bulles, aux arômes chargés et aux 8-9° de base.
Mais ça c’est parce que vous êtes jeunes. Arrivé à un certain age, c’est fini ces conneries, si tu veux pouvoir t’en aligner 5-6 tranquillement et pas le regretter le lendemain, il faut savoir faire des choix.

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Trolling sauvegardé. En attendant qu’Alexandre se fasse fumer par Abdellah.

Comme je suis un immigré quasiment clandestin de l’autre côté de l’Atlantique, on m’a demandé de fournir un petit bonus local.
Le paysage des micro québécoises/canadiennes est vraiment intéressant, ils doivent avoir une fiscalité intéressante parce que ça pullule, et souvent avec de la qualité.
Bon ils ont parfois tendance à faire n’importe quoi et te faire des saloperies d’IPA aux Kumqats où je ne sais quoi, mais on trouve de très beaux produits. Le choix est là. A mon sens ça justifie un voyage touristique de venir faire un tour des micros (à l’automne, c’est la meilleure saison).

Je vais adopter le même principe, une bière assez simple, facile à boire, qui pourra vous permettre d’avoir une bonne journée le lendemain.
J’ai choisi la « Albert 3 » de la brasserie Trou du Diable de Shawinigan (c’est entre Montréal et Québec un peu plus vers le nord, y’a des lacs, des forêts, des vieux et donc cette brasserie).

A la base je l’ai acheté parce que j’aimais bien l’étiquette, et depuis c’est une de mes valeurs sûres. C’est une Ale, 5,5% ils l’ont appelée « bière universelle » je trouve que c’est un bon terme, elle est « passe-partout ». Plus complexe que l’ambrée présentée plus haut. C’est fruité léger, une amertume qui étanchera la soif. Elle plaira aux amateurs de Pils ainsi qu’aux filles qui aiment les blanches (si tu es un homme et que tu aimes les blanches, reprend toi, je veux dire t’as le droit d’en boire, aimer ça c’est une autre affaire). C’est cette petite blonde que t’auras rencontré sur le camping d’un petit festival, tu la consommeras avec plaisir sous les fortes chaleurs devant un énième groupe de ska du bled d’à côté, mais soyons honnête, ce n’est pas non plus celle que tu vas ramener pour tes longues soirées d’hiver.

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Plus succin, notre voisin Valenciennois @KSValenciennes, que l’on pouvait supposer de mauvais goût (ndlr : supporter de VAFC et mauvais goût, pléonasme), nous parle de sa Cuvée des Jonquilles. Il nous explique ;

« Dans le classique, on pourrait te conseiller la célèbre Jenlain (ndlr : y’en a pas en fait). Ou la Cuvée des Jonquilles. Très bonne bière du coin, même si elle est plus vraiment valenciennoise. À consommer après 95 minutes de fermentation, pas une minute de plus. »

« Pas une minute de plus ». Le coquin en a certainement profité pour placer une fragile référence à la Triple Distillation (contrôle en pleine course, petit pont sur gardien, bisou-fanion) proposée par l’ex-néo-Beckham du Calaisis la saison dernière.

Obtention du bonus « je bois en racket » validé par le Jury BM.
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Au tour de @Floqe, twittos Havrais, de nous faire part de sa reco locale. Il attaque avec la Bière Paillette, et enchaîne agilement sur la Hop&Co, qui devrait te mettre une branlée quasiment du même ordre que celle qu’on est habituée à prendre chaque saison à l’Océane : 

La Bière Paillette – Ok, ce n’est pas une Craft beer à proprement parler mais ça reste une bière locale. Et comment pourrais-je évoquer ma ville natale sans évoquer SA bière, indissociable de la Taverne du même nom qui est une réelle institution au Havre ? Ce serait moi qui commettrais un affront. La Paillette est comme la ville et le HAC : chargée d’histoire, méconnue alors qu’elle fut célèbre et vient de renaître de ses cendres. Elle était brassée au Havre depuis 1596 pour alimenter la Taverne du même nom qui jouxtait la brasserie. Elle était évidemment consommée en ville mais également dans tout l’ouest du pays, et également servie dans les paquebots de la transatlantique. Comme la ville, la brasserie a été quasiment détruire pendant la seconde guerre mondiale, puis reconstruite. Elle est désormais brassée de façon artisanale près de Deauville, avec uniquement des malts d’orge, de la levure basse fermentation, des houblons belges et de l’eau. C’est une bière blonde très légère mais étonnamment ronde pour ses 4,7° d’alcool. ·

Hop&CO – je ne voudrais pas déroger à la règle alors je vais également parler d’une vraie Craft Beer normande. Parce qu’on a beau être havrais d’abord, on reste normand malgré tout. Il s’agit donc de la Hop&Co qui est une bière quadruple d’inspiration trappiste et le fruit de la collaboration entre deux brasseries régionales : Cambrousse dans la Manche (où trône le Mont Saint-Michel que les bretons nous envient !) et l’Odon dans le calvados (là où il y a le Stade Malgerbe de Caen…). D’où le « CO » de Hop&CO pour Cambrousse & Odon. Puissante (elle culmine à 11,5° d’alcool !), houblonnée et surtout très maltée, c’est une bière de dégustation pour palais averti. Elle me fait penser à une Gulden Draak Quadrupel ou une Trappe Quadrupel. Preuve qu’on fait aussi des choses bien de « l’aut’ côté de l’eau » comme on dit ici, cette bière est tout simplement une merveille.

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Les Sochaliens ne sont pas en reste. Forcés de subir un actionnaire majoritaire (Mr. Li) qui ressemble de plus en plus à une version bridée de Mammadov, @BonalBoy obtient le bonus « Jean-Paul Olivier » pour sa superbe anecdote historique. Message à ceux qui aiment la Tsingtao. Vous n’avez rien à faire sur cette page.

Lorsque l’on parle de Sochaux, on parle de sa célèbre équipe de foot, de ses usines mais aussi de sa brasserie ! Malheureusement, les temps ont bien changé et la mondialisation est passée par là. Le club est au main de chinois, des voitures allemandes sortent des lignes de production et la brasserie est devenue un musée. Pour ne pas faire un hors-sujet (ndlr : merci l’ami), restons ce nouvel effet de mode qui sévit dans les salons VIP de Bonal ; la Tsingtao ! Rien n’est trop beau pour notre président quand il fait l’aller-retour Honk-Kong / Sochaux (sans escale) pour nous honorer de sa présence. La Tsingtao prend ses origines en Allemagne, lors de l’acquisition en 1898 par nos cousins teutons de la belle ville Qingdao. Assoiffés, ces derniers créèrent rapidement une première brasserie et donnèrent naissance à ce fameux élixir qu’est la bière.

Revenons au Doubs, la vraie bière de Sochaux a quant à elle disparu en 1979 avec la fermeture du site par son propriétaire de l’époque, Kanterbrau, qui mis fin à 138 ans de savoir-faire ! Une bière « sochalienne » appelée « la Griffe du Lion » a bien tenté de renaître en 2003. Brassée dans le Jura à l’occasion d’une période faste du grand FC Sochaux (merci Nicolux), elle n’a pas su perdurer dans le temps. Mais sa brasserie, plus connue sous le nom de Rouget de Lisle, propose toujours de très bon produits, et si vous passez à la maison vous aurez l’occasion de goûter à l’excellente blonde qui répond au « doubs nom » de Montbéliarde. Ou même une ambrée du nom de Grande Rivière !

Sinon, je vous propose deux adresses ; la brasserie des Fontaines de Jouvence à Badevel, et la brasserie Nimbus, à Dung.


C’est avec un plaisir non dissimulé que nous accueillons celui qui a tant résisté à la force magnétique de la Zone du Dehors (livre à lire absolument), celui qui revient à la maison après une trop longue vadrouille en dehors de sa terre originelle, celui qui pèche autant qu’il sort en mer, le capitaine Merlu @CBourpiff pour conclure ;

Je te recommande sans hésitation la Gamme 56, bière brune au blé noir brassée à Kervignac près de Lorient par la Brasserie artisanale La Belle Joie. Elle présente une robe de couleur brun foncé (ébène), sans pour autant être complètement noire. Ses arômes révèlent des notes de chocolat et de céréales grillées bien typiques d’une bière brune, accompagnées de notes de fruits rouges.

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Retranscrit par @Louis2Finesse.

L’alcool est dangereux pour l’équilibre mental et physique, mais permet de tenir. A consommer avec modération, sauf quand tu supportes le RC Lens.

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