Karma Biatch (we are back)

Lens, c’était parti pour être le creuset de la poisse du foot français ad vitam aeternam, une sorte de fosse abyssale dans laquelle il était toujours possible de creuser. Un puits sans fond qui n’avait pour égal que les vieilles mines de sel sibériennes. Un extracteur à espoir, qui t’aspire tout ce qui sommeille de positif en toi. Chaque saison, un scénario de merde. On parle ici d’une belle séquence de bordels : de la remontée mammadovienne et le chemin de croix loin de Bollaert, de la non-montée à l’ultime seconde à cause d’un « club dont tout le monde se branle » (sic), du début de saison suivant passée à califourchon sur le canasson de la honte, puis de l’apothéotique fin de saison dernière, avec pour acteur principal la désormais légendaire endive Jérémy Vachoux. Même cette saison, forts de 5 ou 6 points d’avance sur le troisième, on pouvait lire partout de rester « caaaaaaalmes ». Personnellement, j’y croyais fort et m’efforçais de conserver cette assurance de façade quant à l’issue de la saison 2019/2020 du Racing. On allait s’en sortir.

Tel un habitué de la Malaysia Airlines, on se disait qu’après deux catastrophes, la « compagnie » devrait être à l’abri de tout imprévu pour un moment. Sûrs de notre coup, c’était semblait-il le moment de monter à bord du prochain vol destination Ligue 1. La loi de Murphy, toussa toussa. Et en effet, tout se passa pour le mieux, jusqu’au moment où normalement on commence à paramétrer le début de la descente (pour monter). Et c’est à ce moment-là que l’imposant zinc Sang et Or se mit à branler dans tous les sens, une nouvelle fois. Grosse panique à bord. C’est avec la queue entre les jambes qu’on est sortis de Bollaert fin Février, quand Caen vint nous souffler très fort dans les bronches. J’en ai encore des frissons tellement la clim fut si froide. Cette non-performance eut pour effet immédiat de sonner le glas de l’ère Montanier. A la sortie de ce match, Lens décrochait et se retrouvait hors « podium qui monte directement ». Car dans le même temps, Troyes, Clermont et Ajaccio enchaînaient.

On appelle ça l’habitude en fait. Quand les retournements défavorables font partie de ton abonnement saisonnier, que tu as intégré que ton club cristallise les pires catastrophes footballistiques de ton pays depuis une dizaine d’années (déso, le QSG ce n’est plus la France), que tu en deviens même la risée d’une Ligue 2 composée de champions régionaux. Depuis dix ans, on est reçus comme des princes par les modestes Vannes, CA Bastia, Laval, Rodez, Bourg-en-Bresse, et en même temps toujours plus détestés par les dits cadors et autres voisins consanguins qui s’ignorent (longue vie à eux). On a quand même le droit de penser que cette ligue deux est bien trop étroite pour notre gros zizi sang et or non ?

Car oui, sans leur faire injure, ce ne sont pas eux que j’ai appris à domestiquer étant jeune. Ça les emmerde tellement de l’entendre, mais il n’y a qu’à allumer sa télé pour se rendre compte que l’on n’est était pas à notre place. Les plus érudits iront même feuilleter les comptes du club pour analyser que les ventes programmées de nos jeunes pépites à forte valeur ajoutée étaient nécessaires pour équilibrer les comptes de ce « trop gros navire pour la Ligue 2 ». Mais que voulez-vous, il y en a beaucoup, et même parmi les professionnels de l’information, qui galèrent à analyser le budget d’un club de football professionnel. Il y en a même qui décrivent encore le RC Lens comme le club d’une petite ville, alors qu’on parle du club du bassin minier, qui à lui seul couvre une zone urbaine de près de 600,000 habitants. On parle là de méconnaissance de son propre pays. On est tellement tombés dans les oubliettes du football français que des supporters de clubs issus du sérail Ligue 2 se demandent comment on fait pour présenter un budget d’environ 50M€ en Ligue 1. Qu’on se le dise, après une décennie de purgatoire, Lens est devenu un « nobody » du football français. Sportif seulement, parce que 5e affluence de France tout de même. Et qui a sorti ces dernières années des Varane, Hazard, Aurier, Cyprien, Bourigeaud et le grandissant Mounir. L’objectif numéro un est maintenant de se maintenir le plus vite possible en L1. Et de pérenniser le bordel.

« Le moteur se grippe, le RC Lens c’est le premier cas de covid recensé dans la région »

Retour au second paragraphe. Au moment clef de la saison (à savoir la fameuse sortie d’hiver), Lens décroche. Et salement. Alors qu’on reçoit un Stade Malherbe de Caen extrêmement quelconque depuis le début de la saison, le moteur se grippe, le RC Lens c’est le premier cas de covid recensé dans la région. Lourde défaite 4-1, dont mon hôte du jour, supporter parisien en manque de sensations, m’avait certifié qu’elle n’arriverait pas. Troyes, Clermont et Ajaccio, eux, n’en ont rien à foutre, et reviennent fort. Très fort. Le slip humide, on rentre tous dans nos calèches pour retrouver nos femmes en manque d’amour. Manque de bol, tu tires la tronche et tu n’as qu’une envie, t’endormir ivre de tes chagrins. A ce moment-là, ta patronne ne se rend pas encore compte que SA vie est sur le point de changer. Toi non plus d’ailleurs.

Coup de théâtre, certains insiders twitteriens annoncent rapidement qu’un changement pourrait opérer au club. Groggy, tu ne réalises pas. Tu te grattes le crâne, incapable d’avancer une hypothèse rationnelle quant à ce qui pourrait se passer. Débarquer PM à ce moment de la saison ? « Stupéfiant ! » me disait l’autre. Tu enchaînes les prises de position « Pfiou, faut être malade ». Et puis, tu te demandes « pour mettre qui ? ». Tu écoutes les analyses des spécialistes Ligue 2. Tu refermes derechef ton Twitter. Forcément, exposé comme ça, la perspective fait baliser. Et si nos dirigeants étaient en train de perdre les pédales, eux qui n’ont fait que si peu d’erreurs depuis leur intronisation ? Incertitude, panique, acceptation, désenchantement. Tu perds des couleurs, et vire du gris au très gris. Ça sent l’énième tringle. Enfin, tu te l’avoues à demi-mot qu’une fois encore, Lens va se faire baiser la gueule, et peut-être qu’au final, notre destin est d’aller se bourrer la gueule en J9 avant et après avoir été saccager les tribunes préfabriquées de L2.

L’annonce est faite : Franck Haise remplace Montanier. Les dirigeants la jouent All-In en sortie de rivière. Alors que le nom de Gourvennec circulait également, voilà que débarque un coach qui n’a pour fait d’armes que deux malheureux matchs de L1, lors d’un intérim assuré chez les Merlus. Peu remarquent son excellent parcours avec la N2, et prennent du recul sur ce qu’est un entraîneur de foot. Les selliers du Racing ont beau rembourrer ton assise, ça en reste toujours assez inconfortable. Le calendrier veut, comme par hasard, que Haise retrouve son ancienne maison Merlus quelques matchs après son intronisation puisque le choc retour de la Ligue 2 devait se jouer au Moustoir courant Mars. Nous voilà dans la situation du mec en équilibre sur une perche à 100 mètres de hauteur. La tête qui tourne, avec un sacré vertige, mais si l’équilibre du groupe est rétabli, on devrait pouvoir s’en sortir.  

Pas le temps de niaiser, voilà qu’on se déplace (en masse) à Charlety, pour rencontrer un Paris FC qui casse des gueules depuis la nomination de l’austère René Girard. Mais bien heureusement, c’est la bedaine de Menez, et sa désinvolture très caractéristique qui permit au Racing, sur un contre rondement bien mené, d’ouvrir la marque, puis de rapidement tuer tout suspense en début de seconde mi-temps. L’envie et le niveau de jeu retrouvés, il ne manqua alors que le fabuleux coup-franc direct du flibustier Boli soit accordé pour détruire ce qui reste encore à ce jour une des dernières reliques des temps mièvres du Racing : un but sur CPA. On se consolera quand il nettoiera la lulu de Navas.

Sotoca le Magnifique (crédits : RMC Sports)

Puis vint le match qui, a posteriori, sera canonisé « match de la montée ». Dans un Bollaert ressemblant à s’y méprendre à de si nombreux stades de L2, c’est-à-dire vide, car à huis-clos. Une purge, jusqu’à la dernière seconde, résumant finalement bien ce qu’a représenté cette décennie de football en Artois. L’enjeu de l’époque était de repasser 2e. Mais simplement pour le kiffe de repasser 2e. Sotoca Le Magnifique transforma un penalty anodin, obtenu sur une action elle-même on ne peut plus anodine. C’est la Ligue 2. Lens s’imposa non sans frayeurs, dans ce qui fut, sans qu’on le sache à ce moment, le dernier match de la saison. Le speaker eut raison de s’enorgueillir de la sorte. Haise fait 6/6. Le match suivant, à Auxerre, ne sera pas joué. Lens finit en L1. Le coup de poker est réussi. Le karma est explosé par terre et les dernières bouteilles de 96e seront conservées dans les congélateurs des supporters Amiénois, aux côtés de leurs enfants non-reconnus.

Car oui, s’il faut avoir la montée modeste, et bien évidemment adresser nos plus chaleureuses pensées à ceux qui ont longtemps espéré pouvoir inscrire leur nom au palmarès des clubs niqueurs de Lens (non je rigole, qu’ils aillent se faire foutre), on ne peut qu’être électrisés par la perspective de retrouver la Ligue que nous n’aurions, oui je le clame, jamais dû quitter. Car si cette montée n’est que la résultante d’une compétition sportive abrégée, Lens était quand même 2e de Ligue 2 au soir de la dernière journée jouée. Et ceux qui avancent que les poursuivants pouvaient encore nous rattraper, la plus simpliste des rhétoriques dirait que ces derniers auraient pu être également distancés, de nouveau. Sirop d’érable sur mon hamac.

La Lumière

L’issue finale n’est qu’un superbe doigt d’honneur adressé au karma. Le pain noir a été longuement préparé, puis ingurgité, digéré, et enfin expulsé (pour être poli). Pour cela, il a fallu qu’un signe indien soit brisé. L’écusson picard a cela de chevaleresque. On pense fort à eux. Nous lensois, on avance prudemment, après avoir été séquestrés pendant tant d’années dans les caves du football professionnel français. On commençait presque à l’aimer, cette foutue antichambre. On va prendre le temps de profiter, regoûter à la liberté, aveuglés par la lumière du soleil après plus d’une décennie de confinement. C’est un peu ce que l’on vit en ce moment : l’esprit Natasha Kampush.

Cette montée, elle est aussi pour Daniel Leclercq et Arnold Sowinski. Aux Grands Hommes du Racing.

Et joyeux anniversaire à mon frérot.

Ecrit par L2F

Petit bonus : la très belle vidéo de @SNEL_YT

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