J-6 : Green Boucherie

Je connais un bar dans Paris, pas loin de Montmartre. Hors temps de Covid, l’affluence y est continue. On n’y mange pas grand-chose, mais qu’est-ce qu’on y picole. Des pintes de Chouffe au whisky-coke, de la pils fraîche à la verveine du patron. Un vrai repère d’Hommes Verts. On y parle légende passée, rigole en évoquant les récentes performances lyonnaises, et sûrement qu’on y supporte l’AS Saint-Etienne. Je connais un restaurant dans Paris, pas très loin de Châtelet-Les Halles. Hors temps de Covid, le service est continu. On y mange beaucoup de choses, et notamment des plats pour viandards. Du cassoulet à la grosse entrecôte, du magret de canards à l’onglet sauce-poivre. Un vrai repère de bouchers. On y parle le louchebem, ricane grassement en évoquant les dernières vidéos de Jason Chicandier, et certainement qu’on y supporte aussi l’AS Saint-Etienne.

N’a d’amicale que la légende. Lens et Saint-Etienne, clubs amis ? Chacun aura sa définition, et surtout son interprétation. On se tape derrière l’épaule car on les mêmes ennemis, voilà la mienne. En tout cas, sur le terrain, les deux équipes ont immédiatement démarré le moteur de l’hydrospeed pour prendre le dessus sur l’autre. L’une par le jeu, l’autre préférant le katana. Après une première escarmouche lensoise, initiée par un move remise-décalage de l’infernal duo Ganago-Kakuta, le ballon arrive sur le Speedy Gonzalez du 67, qui aura mis une misère absolue au côté gauche stéphanois pendant toute la rencontre. L’alsacien progresse, centre avec justesse. Sotoca s’efface habilement pour laisser passer le ballon, ce qui a pour effet de mettre en PLS l’autre ancien de la Gaillette sur la pelouse, en la personne de Thimothée Kolodziejczak. Surpris, le défenseur stéphanois est à deux molécules sèches de la peau de mes c******* de tromper Jessy Moulin, qui sentira le vent souffler pendant quatre-vingt-dix minutes.

Mais dans la foulée, l’ASSE réagit. Un long ballon en profondeur trouve Bouanga, l’homme de tous les dangers. En un contre un avec la Tour Badé, le gabonais réussit à gagner quelques centimètres de liberté avant d’envoyer une frappe décroisée que Leca repousse d’un sublime plongeon. Chaleur sur Bollaert.

Lens maintient son pressing, et rapidement, trouve la brèche. Sur un nouveau ballon « positif » joué par Clauss, Ganago est trouvé dans la profondeur. Une profondeur somme toute réduite, puisqu’il s’agit de la surface de réparation. L’exceptionnelle vivacité de Ganagoal lui permet de prendre un demi-mètre d’avance sur Kolodziejczak sur un peu moins d’un mètre de lancée. Et blah, voilà que les Verts nous servent l’entrée. Un petit tartare au couteau, préparé minute avec le cimeterre du Chef. Le tacle du polak métissé emporte tout : le ballon, Ignatius et Ganago. La cheville avec. Update du jour : Gana devrait être absent entre quatre et six semaines. FDP. L’arbitre désigne immédiatement le point de pénalty, mais siffle également la fin de la partie pour celui qui avait déjà fait une fleur au Racing cet été, en achetant aux enchères le maillot historique de Jean-Guy Wallemme. L’esprit club, on aime. Ganago pousse des cris de douleur, puis sort sur blessure étant remplacé par un Banza en plein apurement de confiance. C’est toute la communauté lensoise qui est alors victime de dématérialisation.

Pendant ce temps-là, Crackuta se saisit du ballon, et le place précautionneusement sur le point de pénalty. Concentration, exécution, jubilation. Lens mène 1-0 au bout de quinze minutes.

Dans la foulée, Lens obtient un coup franc bien placé sur le côté gauche, à une bonne vingtaine de mètres du but du moulinier. Toujours tiré par le même génie, le ballon arrive aux six-mètres pour être dévié par le ghettoblaster de la Villa Fiorito Facundo Medina. Malheureusement, le but sera invalidé pour une « position » de hors-jeu par une VAR qui aura fait pester le coach adverse en zone mixte. Mais pas pour les mêmes raisons, EVIDEMMENT.

Loin de vouloir remplir un Cerfa pour se plaindre de la sévérité du Big Brother, les lensois continuent leur travail de sape. Doucouré envoie une passe-laser pour Kakuta, qui excentré trouve Clauss d’une subtile talonnade, pour un enchaînement sur Sotoca, dont la frappe angle-fermé butera sur Jessy Moulin, encore chaud.

A l’entracte, comme dirait ma zoulette, Lens mène par la plus petite des marges, avec encore une fois la posture inconfortable de l’équipe qui manque de réalisme offensif. Combien de fois cette saison Lens aurait pu tuer le game à la 45ème ? On craint tous que le scénario nîmois se répète. L’objectif de la seconde mi-temps est double ; il faut marquer et ne pas prendre de but, histoire d’être vraiment sûr de passer la trêve internationale avec treize points au compteur.

Au retour des vestiaires, ça repart au moins aussi vite, et aussi fort. Gradit lance une nouvelle fois Speedy Gonzalez sur le côté droit, qui prend encore le dessus sur un Maçon complètement destroyed dans l’intensité. Le centre est magistralement déposé sur le crâne de Babyface Banza, qui oblige Moulin à sortir le grand jeu sur une tête à bout portant. Le ballon revient dans les pieds de Sotoca, qui manque une nouvelle fois la cible. Rageant.

En supériorité numérique, Lens se pose tranquillement dans le Jardin des Verts, pour reprendre à notre façon la douce chanson du magnifique Henri Salvador. On a sorti les chaises longues, le barbecue, et on profite du soleil avec la collectivité locale.

Puis vint le plat de résistance, quand le gros Khazri, manquant son contrôle, voit revenir Jo Gradit à pleine enjambée. Et c’est là que cette Jocrisse du Maghreb, certainement frustré de n’être en moment que locataire d’un loft en banlieue de Sainté, s’en est allée pieds en avant comme pour circoncire les chevilles du patron de l’axe droit de la défense Sang et Or. Rouge Direct. Et c’est un Khazri ressemblant à un gamin qui a fait sa pire connerie qui sort du rectangle, réconforté par son copain Cahu qui lui adresse alors une amicale tapette (rouge direct) sur le bourrelet.  

La suite sera une véritable adaptation de la corrida version football. Les Verts ne peuvent rien faire, nonobstant une volonté du Puel à Bois de réchauffer les siens par le jeu. Lens étouffe tout départ de feu par un pressing colossal, obligeant parfois les défenseurs stéphanois à chercher une solution alors que ceux-ci sont dans une phase de possession… dans leurs dix-huit mètres. Jamé ont lâcherat. Preuve de ce pressing, Facundo Medina défend à ce point en avançant qu’il se retrouve dans une position de milieu offensif droit, avec le ballon, dans la surface de réparation adverse. Son décalage exter’ du gauche arrive sur Massadio, auteur d’un retour tonitruant dans le Onze d’Haise, mais qui manque alors le cadre.

Comme Doucouré, chambré magnifiquement par Jean-Louis Leca à la fin du match, qui est à ce moment du match l’auteur de trois frappes saugrenues à l’entrée de la surface de réparation des gars du Forez. On n’imagine jamais que l’ASSE reviendra dans la partie, et pourtant, on a tous cette petite voix qui continue à chuchoter des choses déplaisantes dans notre tête.

On joue la quatre-vingt-et-unième minute. Lens obtient un énième coup de pied de coin et Mauricio, lui aussi auteur d’une belle rentrée, se charge de le tirer. Le ballon arrive, comme téléguidé, sur la tête de celui qui méritait plus que quiconque d’ouvrir son compteur but avec le RC Lens cette saison. Seul et très haut hot, Sotoca enterre l’ASSE, et affiche clairement sa volonté de combattre le cancer. Rendez-vous le 18.

Écrit par L2F

One Comment

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  1. Merci pour ce nouvel article, toujours très bien écrit et qui m’a fait sourire malgré la déception encore bien présente… J’adore : « Lille a la meilleure équipe, mais on a toujours, en cette semaine du 19 octobre 2020, le club le plus beau des Hauts de France ». Belle image et qui ira bien au delà du 19/10 tant la flamme et le cœur Lensois sont éternels !!! C’est pour cela, qu’à l’instar de Lyon, Lille ne deviendra jamais un club aimé dans l’hexagone. Et le blason des 2 clubs en est le reflet : Le vilain Clébard hautain, méchant, qui tire la tronche face à la lampe de mineur symbole de ces hommes qui ont donné leur sang pour sauver l’industrie française.
    PS : Je m’étais abonné au moment de ta newsletter sur Paris, mais je ne reçois pas de notifications sur les nouveaux articles. As tu moyen de me rajouter dans la mailing list (philippe.landouzy@gmail.com) ?

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