J-12 : la vie ne m’apprend rien

Je suis un être fainéant de nature. Je remets toujours tout au lendemain. Ma vie est globalement rythmée par la routine. Chaque matin, je fais comme Zizou, d’abord la chaussette gauche, puis la droite, avant d’enfiler mon pantalon. Ah merde, j’ai encore oublié de mettre mon slip. Et si je le mettais par dessus mon jeans ? Et puis Lens a perdu. Est-ce déjà la fin de notre parenthèse enchantée ? Et si les bons résultats du début de saison n’étaient qu’illusion ? En plus, j’ai vu un mec parler de la théorie des cordes sur Facebook l’autre jour. Le pote d’un cousin. Ça se trouve, Haise n’existe pas, et on est en fait en National 1. Fofana il s’appelle Mohamed et pas Seko, en plus il a fait un match de merde dimanche. 10 millions d’euros ?! Arrête tes conneries. Et notre préparateur physique, tout le monde nous le vendait comme un crack. Ça fait trois matchs qu’on purge une mi-temps sur deux. Bon allez, j’ai réussi à démarrer le moteur, m’en vais foutre la radio pour penser à autre chose. Radio Nostalgie, y’a que ça de bon… LA VIIIIIIIIIIIIIIIE NE M’APPREND RIEN !

Réveille-toi bonhomme, même si la 12e chanson de l’album n’est pas forcément à ton goût, le beat reste toujours bon. On est le 1er décembre et bel et bien posés sur notre perchoir du 9e étage. Dix-huit points au compteur. Après douze journées, dont onze jouées par nos biloutes, on se trouve à un point du Stade Rennais et devant Bordeaux. Parmi les clubs qui comptent le même nombre de matchs joués que nous, Nice est derrière à contempler notre bête de boule. Et à titre de comparaison, puisqu’on aime ça, les clebs avaient eux aussi 18 points en 12 journées la saison dernière.

Une semaine riche en émotions donc, on est allés gagner à Dijon, avant de faire match nul et perdre respectivement contre Nantes et Angers à domicile. Et là, qui revient de nul part ? Les chouineurs. Phénomène contemporain d’une société virtuelle qui a envahi nos pauvres cervelets d’hommes libres ; la radicalité par notification. Plus aucune nuance n’est permise. On peut être en désaccord hein, là n’est point la question. En interne, chez BM, comme dans d’autres groupuscules sectaires, les points de vue divergents sont quotidiens. Mais diantre, essayons de parsemer nos avis de nuance, de recul. A chaque mauvaise série, on remet une pièce dans la machine. Cessons d’être à tout prix dans la recherche du carambolage intellectuel. Car dimanche, c’était la fête nationale de la chouinerie gratuite. Le Black Friday de la connerie. On a même l’impression que certains espèrent secrètement que le club échoue, tout ça pour pouvoir venir déblatérer leur pessimisme chronique. C’est aussi dur à observer qu’un vêlage qui tournerait mal. J’ai ragequitté, préférant de loin m’adonner à ma nouvelle passion lorsque Lens perd et que je suis pris de convulsions nerveuses : jouer à Parapente Simulator 2020.

Oui, car quand je lis certains lanceurs d’alertes, je deviens vite d’humeur exécrable. Au point que j’ai envie de balancer des insultes gratuites comme JulienBeats. Je m’installe donc sur mon divan, et laisse mon influx nerveux se déverser dans la bassine posée à côté de moi. Et ça sentait fort dimanche soir. Car Lens a perdu, le constat est là. Lens s’est fait ouvrir en seconde période, on ne peut pas le nier. Mais au delà des stats et autres considérations strictement liées au résultat, le RC Lens ne s’est pas d’un seul coup métamorphosé en une immondice footballistico-kafkaïenne. Tentative d’explication multifactorielle (car dans le football, rien n’est jamais la conséquence que d’une seule chose, c’est cela même qui le rend si passionnant)* :

Primo, le RC Lens de Haise a une philosophie de jeu assez particulière pour la Ligue des Talents Agricoles ; l’ambition au cœur du projet sportif semble être d’envoyer du petit bois de la première à la dernière minute, via un pressing qui repasserait tous types de supports textiles un poil trop marqués. Ce style de jeu demande à tous les acteurs du terrain d’être dans une condition physique optimale, car bien évidement, le foot étant un sport se jouant à onze, il suffit qu’un ou deux éléments soient dans le rouge pour que la machine se grippe. On rappellera que le club sort d’une trêve sanitaire de cinq semaines, et que même si cette raison n’est pas invoquée directement par le club (ils ne chouinent pas, eux), elle doit clairement être un des facteurs expliquant la période de relatif moins bien actuel. Surtout quand tu te tapes trois matchs en sept jours en guise de restart. Paye ton indigestion.

Justement, deux joueurs ont cristallisé les critiques – à juste titre – ce dimanche : Medina et Fofana. L’argentin, qui a déjà eu quelques loupés depuis le début de saison, est passé de coqueluche à squatteur d’estaminet. Fofana, qui rappelons-le, était convoité par tous les clubs importants de Serie A, et le Stade Rennais, et qui nous a rejoint pour un montant inférieur à celui de Grbic, ralentirait pour certains le jeu Sang et Or. Masterclass. Beaucoup analysent le football de la même façon qu’ils jouent à FIFA ou Football Manager. Il s’agirait d’arrondir les angles, et si vous n’y arrivez pas, limitez vous au chanfrein intellectuel. Beaucoup oublient qu’il aura fallu un an et demi à Sibierski pour réussir à mettre un pied devant l’autre à Bollaert. Arrivé comme Lillois Merda, reparti comme – ouvrez les guillemets – légende. En 2020, 180 minutes suffisent pour descendre un joueur, aussi talentueux qu’il soit. L’heure est grave.

A qui le tour ?

Secundo, Lens est peut-être un peu tricard : et bien oui, nous sommes passés du statut d’anonyme promu, à celui de trouble-fêtes. Rappelez-vous, quand les médias faisaient tapis rouge à Lorient et son coach, France Football titrant même « Lorient, le promu sexy »**. Aujourd’hui, après avoir désossé ces mêmes Merlus, Paris, Saint-Étienne, Bordeaux, et mis en bouteille Nice ou encore Dijon, le schéma tactique de Franck Haise se veut être étudié par l’ensemble de la communauté agricole de L1. Et forcément, certaines parades, qui plus est dans un supposé contexte de méforme ponctuel, peuvent faire mouche, voire faire très très mal. Confère dimanche dernier. A cela, il faut simplement espérer que Haise ne versera pas dans un dogmatisme guardiolesque, et saura adapter le style de jeu de l’équipe, aussi bien dans la philosophie comme dans la disposition tactique. Cette dernière a tout de même déjà subi de légères modifications ces dernières semaines.

Tercio, et je pense que ce postulat est le plus important, Lens est un promu : ce qui sous-entend qu’on ne va pas aller chercher la Champions League, ni même l’Europa League. Alors oui, les anciens étaient à Bollaert, ou devant leur écoutille télévisuelle, quand Lens tapait Milan, La Corogne et Arsenal. Mais de verdad, on va surtout se contenter de jouer un maintien serein, et bien évidemment que ce dernier s’obtiendra à la force du biceps, avec des phases positives, et d’autres plus compliquées. On ne mangera pas des plateaux de palourdes au vin blanc tous les week-ends.

Si on doit parler du match en lui-même, il est évident qu’on n’aura joué qu’une mi-temps sur deux. Et pourtant, je nous ai trouvé en meilleure santé sportive que face à Nantes. Il ne manquait vraiment pas grand chose pour que le lien entre la récupération et la finition se fasse véritablement. On se rappellera de quelques phases de jeu en une touche, notamment en tout début de rencontre. Car Lens était plutôt agréable à voir jouer, dans un système volontairement « déséquilibré », parfois au bord de la rupture. Et en fait, la rupture intervint en seconde période, notre cul finissant même par être teinté d’un rouge rutilant.

M’est d’avis qu’il ne manquait pas grand chose pour que le RC Lens puisse véritablement équilibrer ce déséquilibre voulu par le style de jeu de Haise. Ce quelque chose, ce serait un Medina en meilleure condition physique et peut-être mentale, un Fofana qui aurait complété son retour et son intégration à un collectif qu’il ne connaît pas encore, et un Kalimuendo avec plus d’automatisme, nonobstant son formidable but. Ganago reviendra, mais là encore il faudra être patient avant d’espérer revoir le Haaland de Douala.

Samedi, on ira à Rennes. Les bouffeurs de crêpes sont en ce moment dans l’avion pour aller affronter Krasnodar. Ils vont revenir « en pleine forme » de leur petit périple aux confins de la Crimée. On aura plus que nos chances, et si par malheur on venait à perdre, vous me ferez le plaisir de vous allonger cinq minutes pour écouter votre meilleure playlist de Balavoine.

LA VIIIIIIIIIIIIIIIE NE M’APPREND RIEN !

Écrit par @L2F_BM

*liste non-exhaustive

**et peut-être qu’on finira la saison derrière Lorient, voire Dijon.

Bonus :
Le légendaire Mug BM est à gagner.
Tu ne le sais sans doute pas mais chaque article est l’occasion pour la rédac’ de lancer un défi mot à celui qui écrit. Celui ou celle qui trouve les 10 mots du défi remporte le mug. Un seul essai, pas d’erreur possible.
Comment ? c’est très simple : une tentative par joueur, envoyée en DM sur le Twitter de BM.

Les mots à trouver dans le dernier debrief de @LaPoch : Funiculaire, kinder pingui, bourlinguer, Darmanin, logorrhée, mimetisme, ribambelle, abracadabrantesque.

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