J-6 : Le poinçonneur de Lille, là!

Pascal Lefebvre est un homme heureux. Exténué, mais heureux. Pourtant, longtemps, la vie lui a laissé peu d’espoirs de toucher un jour à la félicité. La solitude a souvent précédé des rencontres qui avaient comme finalité commune… la déception. Bien entendu, la résignation, si elle était un ennemi éternel, n’avait pas prise sur Pascal. Il connaissait les conditions de son destin, de sa lignée. Gardien du reliquaire maudit de Bollaert, il veillait religieusement à leur conservation, attendant qu’un nouveau prétendant ambitionne de dépoussiérer ses précieux.

Car tu ne le sais sans doute pas, mais il existe sous la Lepagnot, au détour d’une coursive arpentée une fois tous les 2 ans par les inspecteurs des Ponts et Chaussées venus vérifier que Bollaert ne risque pas de se transformer en Furiani, une petite salle fermée par une porte en métal. Ressemblant en tous points aux innombrables portes de local technique, celle-ci est tristement ignorée de tous, et personne n’a même jamais songé à tenter de l’ouvrir. C’est dans cette salle que Pascal passe le plus clair de son temps, veillant sur la Vitrine Inversée.

La Vitrine Inversée, c’est un peu le Hall of Shame du Racing, un genre de bibliothèque un peu stylée rassemblant nos pires records. Et le rôle de Pascal, comme celle de ces prédécesseurs, c’est de veiller sur elle tant qu’elle ne sera pas vide. C’est là sa mission, à la fois sa raison d’être et son calvaire. Un calvaire car sa prise de son fonction, en 2004, coïncide avec un cycle noir pour le Racing. Et donc pour Pascal. Pis il le sait bien Pascal que la Vitrine ne sera jamais vide… On est Lens hein!
Pourtant, Daniel Leclercq avait bien nettoyé la Vitrine Inversée, mais elle s’est remplie aussi rapidement qu’elle ne s’était vidée, et pas qu’avec des trucs glorieux.
Rien que sur l’étagère « séries honteuses en cours », t’avais largement de quoi prendre un abonnement aux antidépresseurs.
– 7500 jours sans gagner à Bordeaux
– 300 matches sans tirer un corner correctement
– 3500 jours sans battre le PSG
– 5500 jours sans gagner un derby à Bollaert
– 5000 jours sans battre Marseille
– 187 corners tirés à 2 qui ne donnent rien…

Et ne parlez pas à Pascal de l’étagère « séries même pas commencées », sur laquelle trône un merlu déféquant sur une lampe de mineur, allégorie du fait qu’on n’avait jamais été foutu de battre Lorient.
« Avait ». Oui oui, à l’imparfait. Parce que cette étagère tend à se vider, telle une mercerie du centre-ville après un salon « Do it Yourself » à la salle des fêtes du patelin. Et ça, Pascal n’en est pas peu fier. Car tout ça, ce Racing qui gagne à nouveau, ce Racing qui nous fait vibrer, mine de rien, c’est un peu lui. Beaucoup même.

A la causerie d’avant-match, Franck Haise insiste sur le fait que la pression ne doit pas nous annihiler. Cahuzac rappelle comment Lille avait montré la différence entre des pros et des bons joueurs. La provoc’ quand il le faut, les petits coups de pression qui font la différence et l’art de jouer à la limite sans jamais la franchir. A ce jeu là, Michelin et Gradit avaient sombré et précipité nos obsèques. Après un dernier cri de guerre, Franck Haise laisse le groupe partir et s’isole un instant. Pour son petit rituel. Celui qui le voit ouvrir son casier pour y découvrir, comme à chaque match, une petite assiette sur laquelle est déposé un fortune-cookie. Il n’a jamais trop su qui lui déposait, mais gourmand, il a succombé quand lors de son premier match à la tête du Racing, il avait découvert la friandise. Il avait pris le gâteau, l’avait soigneusement découpé et découvert un message. Il avait souri avant de soigneusement ranger le petit carré de papier jaune dans sa poche, puis de manger le biscuit à la confiture de figue . On avait gagné.

Samedi 17h.
Bollaert est énervé comme un joueur de cithare à une soirée zadiste. Ça hurle, ça chante, ça tente de se rassurer, mais surtout, ça pue le stress à 10 km à la ronde. Après les 2 branlées de l’an dernier, on serre les fesses dans les travées et devant les télés, on n’a tous qu’une angoisse : perdre contre Lille. En face, c’est pas forcément plus serein. Si leurs hools font les foufous, il aurait une sacrée gueule de croque-mort le champion sortant, s’il perdait ici. Alors ça s’invective, ça tifote, ça banderole, ça propose pas mal de rapports anaux entre supporters. Bref, c’est le Derby.

Les boys ne se laissent pas noyer par la pression. A chaque tacle, à chaque duel gagné, Bollaert hurle, Bollaert pousse et les gars ne lâchent rien. Les lillois ont beau jouer les bonhommes dans les duels, cette fois, on ne se dégonfle pas. Et Gradit de regarder le gras Burak dans les yeux, avant de le manger tout cru, tandis que Botman joue avec le feu en s’offrant une main dans la surface que paraît-il, on ne sanctionne plus. Ah.
Malgré ça, le match n’est pas génial. On sait que ça ne finira pas 4-0 et que le premier qui craquera l’aura dans l’os. Alors on ferme portes et volets à double tour et on attend le contre côté canin, tandis qu’on s’échine à ne pas partir à l’abordage côté lensois. A chaque replacement foireux, Bollaert se crispe tant en face, ça va vite. Mais Danso et Gradit veillent, tandis que Médina fait du Médina : il dézone pas mal, cherche systématiquement le jeu, même si c’est risqué, et couvre à la hargne tout ce qui passe. Et Bollaert d’adorer.

On approche la fin de la première mi-temps quand arrive le premier énorme coup de pression lensois. Sur une percée de Clauss, Cheick, Le Duc, Doucouré, qui règne dans l’entrejeu, glisse à Sotoca dans la surface qui reprend en force. Grbic (pas l’homme qui devait survoler la L1, l’autre) repousse. Et Bollaert de rugir une dernière fois avant la pause.

Bollaert en profite pour se transformer, le temps de trente minutes, en un bordel évitable. Les provocateurs provoquent, les mecs prêts à dégoupiller dégoupillent, les flics prompts à intervenir interviennent et les commentateurs commentent. Pour le foot, vous attendrez bien 40 minutes que la température redescende.

Une fois l’armée de tirailleurs casquées postée face à la Marek, la partie reprend, avec des Sang et Or plus offensifs. Kalimuendo fait frémir le stade par 2 fois mais c’est Médina qui sauve la patrie à l’heure de jeu, en nettoyant un ballon chaud bouillant dans nos 6m. Si les supporters ne ménagent pas leurs poumons, le temps fort est lillois et le slipomètre est à zéro. Ylmaz vendange à 4m du but avant que Leca ne sauve le Racing sur un triple arrêt dans surface. #TournantDuMatch

5 minutes plus tard, le Duc trouve Kakuta entre les lignes, un contrôle, une passe, 6 lillois dans le vent et Frankowski de libérer 15 ans de frustration. On mène et il reste 20 minutes. Plutôt que de se crisper, Bollaert se transforme en un cratère en fusion et explose quand Saïd lance et conclut un contre d’école. La clim’ est phénoménale quand cette saloperie de VAR annule le but. La dernière fois que j’avais eu un ascenseur émotionnel pareil, j’avais découvert une chauve-souris tatouée sur l’entrejambe d’une conquête d’un soir, prête à s’offrir à votre serviteur, avant que son saint-membre ne renonce de lui même… Bref…

Revenons à notre sujet. Le Racing-Club insiste et Clauss n’est pas loin de plier le match sur un raid solitaire mais on le sait tous : un Derby où on ne stresse pas jusqu’au bout, ça n’a pas la même saveur. Et celui-là, il était grave savoureux. Une dernière sortie aventureuse de Jean-Louis puis un corner dans les arrêts de jeu, et la Libération. On a fumé ces connards, on prend place sur le podium : la liesse peut éclater, le reste ne sera que littérature.

20h.
Franck Haise repasse à son bureau avant de rentrer à la maison. Un dernier coup d’œil au planning de décrassage du week-end et des séances vidéos du début de semaine. La journée fut intense, mais la joie qu’a procuré la victoire dans ce derby n’a pas d’équivalent. C’est pour ça qu’on fait ce métier là, pour vivre ce genre de moment.
Avant de partir, il sort de sa poche le papier jaune qu’il avait découvert dans son fortune-cookie, le déplie et le relit, un sourire au lèvres. Celui-là va rejoindre les autres sur le petit tableau à épingler qu’il a installé dans son bureau.

Épilogue.
Pascal enlève le dernier objet présent sur la première étagère de la Vitrine Inversée. Un petit coup de chiffon à poussière et le voici prêt à attaquer la seconde étagère, celle « des séries en cours, mais moins honteuses ». Il allait sortir du four ses petits gâteaux à la figue, quand son regard est attiré par la planche du haut. Celle remplie de poussière. D’habitude, il ne la regarde même pas, tellement il connaît les effets dévastateurs des éléments qui y sont installés sur son moral. Une petite traction sur le meuble lui permet de voir l’objet qui symbolise à la fois tous ses maux, mais aussi la raison d’être de son ordre. D’une petite impulsion, il redescend et repart s’occuper de sa fournée. Il sait ce que dira le message qu’il déposera en mai dans le vestiaire de monsieur Haise.

@R_Direktor

Bonus

Le légendaire Mug BM est à gagner !
Chaque article est l’occasion pour la rédac’ de lancer un défi mots à celui qui écrit : 10 mots de cet article ont été imposés. Si tu trouves ces mots, tu peux gagner un mug.
Comment ? c’est très simple : une tentative par joueur, envoyée en DM sur le Twitter de BM @BollaertMecaniq
Et qui dit nouvelle saison dit nouvelles règles : les points gagnés se cumuleront sur la saison, chaque bonne réponse apportera un point, qui permettront aux meilleurs de gagner les challenges intermédiaires.

Le premier challenge est d’arriver à 57 points !

Alors tu veux rejoindre Franck dans la caste des mecs qui boivent leur café avec classe ?

Les 10 mots de l’article précédent étaient : confiserie, plantation, Maurice Papon, montagnards, œillets, basilic, stabilo, aglets, erg, cannelés

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